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À la recherche de l’être sans être

À la recherche de l’être sans être

Je dois admettre d’emblée que je ne connaissais pas Jean Cocteau, pas qu’il soit insaisissable, mais plus par pure ignorance. J’ai donc pris le chemin du métro pour me rendre au Musée des beaux-arts de Montréal à la recherche de l’être aux cent visages. Et c’est exactement ce que j’ai trouvé : des centaines de portraits et d’autoportraits. Jamais n’ai-je vu un artiste avec autant de dessins et de photos de lui-même. Je croyais décerner son dans cet amour narcissique. Je voyais le blasement de sa bourgeoisie dans ses rêveries cinématographiques. De ses expériences théâtrales : de la provocation, rien de plus. Voilà ma vision de Cocteau par les yeux des muséologues.

En sortant du musée, je sentais qu’il me manquait un plan de Cocteau. Je ne savais trop quoi, mais j’étais certain que le portrait était incomplet. Avant de revenir chez nous, j’avais bifurqué dans une petite librairie de livres usagés.

Je me suis procuré « La difficulté d’être » afin de voir Cocteau à travers ses propres yeux, car « il est dangereux de ne pas correspondre à l’idée que le monde se fait de nous… »   et comme Roman Gary le dit, on s’y plie paresseusement.

En lisant ses écrits, j’y découvre un homme qui ne s’aimait pas. De son physique, à son style, en passant par ses amitiés et ses œuvres, il respirait mal l’air qui en émanait. Il la remplaçait par l’opium.

Je ressens toute sa difficulté d’être dans la phrase suivante : « Ce doit être un rêve que de vivre à l’aise dans sa peau. » Il se peut que je m’y retrouve dans cette phrase, mais je préfère ne pas l’avouer. Je la noie dans la boisson, car il y a des douleurs tolérables… Ses évasions lui permettaient de mieux soutenir les douleurs nerveuses dont il souffrait, à cela j’associe mes moments de solitudes qui me permettent de faire un peu d’ordre. Mais « c’est, paraît-il, un crime social que de souhaiter la solitude. »

Il se peut que son éclectisme soit dû à cette souffrance propre aux bêtes qui veulent prouver leur amour et «…qui ne peuvent que se coucher par terre et mourir ». Cocteau se cherchait dans le roman, le poème, le théâtre et le cinématographe sans jamais y parvenir. Il rêvait debout pour amoindrir la réalité, pour remplir le trou laissé par le vide. Ses Enfants terribles rêvaient eux aussi debouts, ils sont devenus des mythomanes érotiques sous la caméra de Bertolucci. Ils confondaient le cinéma à la réalité; je confonds la mienne aux romans.